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저녁의 구애

Title/Author/Genre

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    Title: La Déclaration du soir

    Author: PYUN Hye Young

    Genre: Littérature / Recueil de nouvelles (8 nouvelles)

     

    LTI Korea staff: Minkyung HA (minkyung_ha@klti.or.kr / +82-2-6919-7746)

Description

  • About the book

    Pyun Hye Young s'intéresse à l'anxiété et au trouble dissimulés dans un quotidien qui semble pourtant serein, elle scrute en profondeur la part de solitude dans le cœur de l'homme moderne. Des sujets servis par une imagination singulière, une structure méticuleuse et un style solide et mature de « roman noir », désormais souvent qualifié de quasi « technique », donnent leur couleur bien distincte aux écrits de Pyun Hye Young.

     

    La nouvelle qui donne son nom au recueil, « La Déclaration du soir », commence par l’annonce faite à Kim, entrepreneur en horticulture, du décès d’un ami par une connaissance qui prend contact avec lui pour la première fois depuis dix ans. D’abord hésitant, puis submergé par la culpabilité et cédant enfin au sens du devoir, Kim place une couronne de fleurs de condoléances dans le coffre de sa voiture et parcourt les quatre cents kilomètres qui le séparent du funérarium en province. Avant même d'avoir pu voir le défunt ou d'avoir seulement pu mettre le pied dans le salon funéraire, il se trouve engagé dans une conversation pour le moins embarrassante avec sa petite amie. Fuyant le funérarium et la respiration inquiétante d'un vieillard qui, entre la vie et la mort, s'accroche aux pas des gens venus présenter leurs condoléances et les plonge dans un grand embarras, Kim se retrouve sur le bord de la route nationale où résonne la respiration régulière d'un marathonien en tenue de sport blanche courant devant lui. Avec la lueur de la lampe marquant la veillée au funérarium qui brille vaguement au sein du brouillard à laquelle viennent s'ajouter les flammes rouges d'un camion qui soudain se renverse après avoir déboulé dans un sifflement, c'est une soirée au paroxysme de l'angoisse que vit Kim. Au milieu des flammes, il cale sa respiration sur celle de sa petite amie qu'il perçoit, régulière, au travers du bruit de l'extincteur, et lui confesse soudain son amour. La force qui pousse Kim à poursuivre sa déclaration, à l'étonnement, bien sûr, de son interlocutrice, mais également de lui-même, provient peut-être du fait que les seules sources de lumière autour de lui, isolé dans la nuit noire sur le bord de la nationale, sont le panneau d'un funérarium et un camion en feu. Ou peut-être à cause d'un tremblement de terre qui survient et du spectacle de cette ville où tous les élèves errent dans les rues faute de directives les engageant à retourner se mettre en sécurité chez eux, ou encore seulement parce que dans la menace d'une catastrophe aussi incertaine il a fait face à cette personne que son grand âge pousse dans la tombe et qui pourtant s'accroche à la vie. Voilà désormais Kim dans une situation délicate, entre des mots qu'il a invoqués et qu'il ne peut reprendre, et des sentiments équivoques. Tout n'est plus qu'anxiété et peur.

     

    On retrouve dans les sept autres nouvelles la vie monotone, l'angoisse et l'horreur de l'homme moderne dont les particularités ont été effacées par l'uniformité et la répétition : un chemin de promenade familier où s'insinuent tour à tour un calme effrayant comme le tranchant d'une lame et des mouvements impossibles à discerner clairement dans l'obscurité (« Sentier 1 »), une boutique de photocopie à l’université où le quotidien a été uniformisé dans les moindre détails jusqu'à l'ennui, où l'hier, l'aujourd'hui et le demain sont devenus prévisibles (« Menu 1 »), des gens qui disparaissent sans rumeur et sans bruit, comme si on les avait emballés sous vide, dans une fabrique de conserves où pas une seule erreur ne semble avoir été constatée pendant des dizaines d'années et qui continue malgré tout de tourner (« La fabrique de conserves »), un employé qui, à la suite d’une courte mission, perd le sens de la vie et qu'on oublie peu à peu dans son groupe, rappelant le sort d'un lapin dont on s'est occupé seulement le temps d'une mission et qui finit par être rejeté des autres, (« La Tombe du lapin, Jungle Jim »), un homme qui s'étant risqué à s'échapper de son quotidien perd sa route en plein milieu d'une autoroute et se laisse entraîner dans l'anxiété et l'horreur (« La Chambre au sofa crème »), ou encore un bus qui ne fait qu'avancer sans destination à une vitesse fixe sur une autoroute sans fin, avec à son bord un homme plongé dans l'ennui (« Un Petit Tour en autocar ? »).

     

    Avec ce recueil de nouvelles, l'auteur pénètre l'anxiété et la solitude cachées dans le cœur de l'homme moderne de nos civilisations urbaines, elle recueille ces moments où le quotidien confortable et serein laisse soudain place à un monde d'angoisse et d'obscurité qui donne la chair de poule, à une horreur sans fin. Les personnages des récits évitent d’exprimer des sentiments exagérés et sont même avares de conversation, mais doivent faire face, à un moment donné, au désespoir et au désastre. Ces nouvelles de Pyun Hye Young dépeignent cette vie parfois effrayante : l'inquiétude qui nous habite sans forme et sans bruit, le malheur qui frappe sans prévenir, le désespoir dont il est difficile de sortir et la vie des autres qui continue malgré tout. L'auteur ébranle ainsi notre système de compréhension standardisé et invite le lecteur à un voyage temporel où règne l'irréel effrayant et le mystère qui surgit dans la vie quotidienne. Elle nous pousse bien sûr à porter un autre regard sur l'absence d'intimité avec autrui au sein de la vie urbaine modernisée et automatisée, mais aussi sur nous-même dont l'absence de dialogue avec notre moi est discrètement dévoilée. Ces nouvelles de Pyun Hye Young, qui explorent de fond en comble de leur style particulier, sec et précis, des vies qui semblent parfaitement familières, et plus particulièrement la vie en milieu urbain, décrivent comme un « enfer d'uniformité » homogénéisé une société moderne où, en raison d'une implacable civilisation technicienne, sont refusés le hasard, la volonté humaine, les exceptions, toute déviation. Dans cette expérience critique de la civilisation, les forces capitalistes qui nous entourent sont aussi hypertrophiées qu'elles peuvent l'être. La Confession du soir est un recueil qui dénonce la civilisation urbaine ainsi que tout ce qu'elle promet, hygiénisme et confort de pointe autorisés par la modernité, coupable de nous mener à un état anti-sentimental, anti-civilisé et néo-barbare.

    About the author

    Née en 1972, Pyun Hye Young, après avoir reçu un prix pour sa nouvelle « Secouer la rosée », a publié un premier recueil de nouvelles intitulé Aoi Garden (2005), dont les images « hardcore » terribles et abominables d'une imagination débordante ont retenu l'attention de la critique littéraire. C'est dès ce temps-là qu'elle a été considérée comme « décrivant de manière exquise l’environnement distopique des années 2000 dans un style sec de roman noir et une imagination qui bouscule la réalité ». Dans le recueil suivant, Dans le poulailler (2007) elle présente des personnages courant à la division et à la destruction à cause de bruits étranges qui se font entendre en provenance d'une retenue d'eau et de marécages. Avec les romans Cendres et rouge (2010), qui creuse avec minutie la part obscure du monde des hommes, et Je suis partie dans la forêt de l'ouest, qui décrit au sein de l'obscurité humide d'une forêt profonde et étendue le cœur de personnages aux prises avec leurs contradictions internes et la schyzophrénie, la rage soudaine et le doute de soi, les récits de Pyun Hye Young ont su faire parler d'elle. Recevant les louanges des lecteurs aussi bien que des critiques, elle occupe actuellement une place centrale dans la littérature coréenne.

     

    Media Response/Awards Received

    L'auteur a fait l'objet d'une critique de J. M. G. Le Clézio dans le Figaro (numéro du 14 mai 2014) pour un recueil de nouvelles d'auteurs coréens parus aux éditions Philippe Rey, « Nocturne d'un chauffeur de taxi », et où figure l'une des nouvelles du présent recueil, « La fabrique de conserves ». Le prix Nobel de littérature presse les lecteurs de lire cet ouvrage représentatif selon lui de la vitalité de la littérature coréenne contemporaine. Il estime qu'avec l’auto-dérision propre aux Coréens, ces nouvelles relèvent d'une imagination riche et évocatrice. Elles seront pour lui un remède à l'atmosphère de marasme discret de notre époque.

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